Résultats d'élections

Publié le par Hugoruth

 


Voilà un bon sujet pour un premier article… Les résultats des européennes ! Bon sujet car il va permettre très rapidement de me situer politiquement. Mais bon sujet aussi car il est vaste et trop souvent décrit avec une partialité aberrante.

 

Tout le monde a perdu aux européennes. Oui, tout le monde, y compris les verts et l’UMP. Tous les partis ont perdu. Une abstention énorme, tout simplement honteuse, voilà la gagnante. Mais les résultats, nous les avons. L’UMP a fait 10,83 %, le PS environ 6,5 %, les verts autant, ne pinaillons pas. Les autres partis faisant tous moins de 5%.

 

Mais, me direz-vous avec justesse, quels sont ces scores ? Ce sont les scores réels, ceux rapportés non pas aux suffrages exprimés mais au total des électeurs. Vus ces scores, qui oserait dire qu’il a gagné ? Car oui, une abstention aussi élevée n’indique rien. Evidemment, la percée des verts et l’effondrement du PS sont notables mais sur de si petits pourcentages de participation, seule la mauvaise foi permet de désigner un vainqueur. Tous les partis ont perdu, c’est non pas l’eurospecticisme qui l’a emporté, mais le « j’menfoutisme ». Et comme aucun parti n’a appelé à l’abstention (J’entends déjà hurler les anarchistes et les libertaires qui, eux, ont effectivement n’ont pas voté) et en conséquence, tout le monde a perdu. Et moi, j’ai honte de mon pays.

 

Allez, offrons-nous une tranche de résultats faussés en prenant les résultats officiels. L’UMP, seul parti de la droite gouvernementale, finit loin devant. Reconnaissons à Michel Barnier un intérêt réel pour les affaires européennes et une implication jamais démentie dans sa campagne. Je n’en dirai pas autant de sa colistière dont les frasques médiatiques ont presque autant d’éclat que ses robes de soirée mais pas autant, malgré tout, que le lustre des faux-diplômes qu’elle exhibe. Ailleurs, l’UMP a fait profil bas, préférant le silence à une campagne risquant de tourner au bilan présidentiel. Les raisons de se réjouir à l’UMP étaient limitées malgré tout, faire 28% c’est somme tout assez peu et c’est même moins que le score de Nicolas Sarkozy aux présidentielles.

 

L’un des grands perdants, médiatiques tout du moins, c’est clairement le PS qui a été touché de plein fouet par campagne mené contre lui par d’autres formations de « gauche ». Une chute énorme que même les pires sondages n’avaient pas vu venir.  Que dire de cette chute sinon qu’elle est le résultat d’un lynchage de la part de transfuges (Mélenchon, Besson,…) et des divisions affichées à Reims ? Pas grand chose. Le programme du PS européen était le seul à ce point structuré mais la déroute sociale-démocrate a été totale en Europe et sans doute la droite à-t-elle su bien gérer politiquement la crise en favorisant la montée de l’extrême gauche. Prenez en France, quel meilleur moyen pour affaiblir la gauche de gouvernement que de jouer le pourrissement dans tous les conflits sociaux ? Réponse, aucun. Et force est de dire que sur cette élection, le plan du gouvernement a bien fonctionné. Mais ne nions pas, je ne le veux pas, la responsabilité propre des socialistes qui ont déçu nombre de leurs électeurs depuis 2007. Le PS doit entreprendre un travail non pas de refondation mais de communication. Car des idées, le PS en regorge. Mais il ne parvient pas à les mettre en avant et je crois nécessaire d’accroître les efforts pour présenter un programme sans visage. Et ce qui est certain, c’est que l’ensemble des militants socialistes sont loin, très loin, des querelles de chef mais qu’ils militent ensemble, peu importent les courants. Mais ce n’est pas ça que l’on met en avant.

 

Les Verts ont percé, la planète va être sauvée, je ne m’étends pas trop sur le sujet car il a été suffisamment décortiqué par les analystes divers et variés. La montée écologiste s’est ressentie partout en Europe et elle est assez logique vu l’état général de l’environnement.

 

Mais la dernière chose de ce billet, ce sera le rapport de la « gauche de la gauche ». J’ai lu des choses comme « vrais socialistes » et cette expression me fait peur. D’abord parce quand il s’agit de gens, parler de « vrais » ou de « faux » a pour moi une très mauvaise connotation. Et puis parce que ce terme me chiffonne. Il n’y a pas de « vrai » socialisme, il y a des socialismes. Il y a le dur, celui qui refuse d’évoluer et qui en est resté aux rapports de force d’il y a 40 ans et il y a le socialisme qui gagne, avec ses alliés de gauche, tous les scrutins locaux depuis plus de dix ans. Je suis fier d’appartenir au second. Mais en aucune façon, je ne viendrai dire à d’autres que ce sont de « faux » socialistes. Ils représentent une autre forme de socialisme, forme largement minoritaire, et je n’ai aucun jugement à porter sur leurs idées. Ce sur quoi je peux m’opposer, c’est sur les conflits qu’ils tentent de créer entre les partis de la gauche de gouvernement. Prenons un exemple. Région grand centre, l’UMP récupère 3 sièges sur 5 avec seulement 28%. Verts et PS prennent aussi un siège. Le Front de Gauche, avec 9%, n’a fait aucun élu. Si la liste avait été commune, la liste PS – PG – PCF aurait récolté 26% des suffrages et le Front de Gauche aurait eu un élu. Que faudra-t-il aux militants de gauche pour comprendre que c’est l’union la solution ? Leur faudra-t-il choisir entre Bayrou et Sarkozy en 2012 pour se dire que la gauche ne peut gagner que si elle est réunie ?

 

Alors oui, je suis inquiet pour la gauche car elle est en difficulté alors que la crise devrait la rapprocher. Et moi qui suis historien, j’aimerais rappeler qu’après 1929, la gauche française s’est réunie pour prendre le pouvoir. Ailleurs, en Europe, les nationalismes ont pris dans beaucoup de pays le pouvoir. Alors que justement, aujourd’hui, de nombreux partis populistes montent, la gauche française saura-t-elle s’allier ou va-t-elle continuer de jouer perso et risquer une arrivée au pouvoir d’un homme d’extrême-droite ? Avoir « front » dans sa formation ne fait pas de nous une formation capable de mener une opposition réelle et commune des forces de gauche. Chacun devra faire des concessions, cela va de soi, mais si l’union n’est pas possible, alors l’avenir sera bleu. Voire bleu foncé. A chacun de voir ce qui est le plus important.

Publié dans Politique nationale

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LucieR 30/03/2010 16:01


A propos des Européennes : "Tout le monde a perdu aux européennes. Oui, tout le monde, y compris les verts et l’UMP. Tous les partis ont perdu. Une abstention énorme, tout simplement honteuse,
voilà la gagnante. Mais les résultats, nous les avons. L’UMP a fait 10,83 %, le PS environ 6,5 %, les verts autant, ne pinaillons pas. Les autres partis faisant tous moins de 5%. "

Et alors, les régionales, qui ont également connu une abstention énorme : victoire du PS ou défaite pour tout le monde...?


Chris' 10/06/2009 13:05

"L'union fait la force" - "Eendracht maakt macht" (en Flamand) - "Einigkeit macht stark"


N'étant pas Française, et regardant ce qui se passe chez vous avec un oeil forcément extérieur, mais que je ne peux pas empêcher de comparer avec ce qui se passe chez moi, je ne m'estime pas être en mesure, ni en position, d'entrer dans des débats argumentés comme vous deux, mais je voulais tout de même vous faire part de mes réflexions...

« L'union fait la force »... Cette courte phrase me revient très souvent en tête depuis quelques jours...

Pas seulement depuis que les résultats des élections sont tombés chez vous et chez moi (oui, je suis Belge, si vous l'ignoriez^^), mais bien avant déjà, alors que les campagnes pré-électorales battaient leur plein dans nos deux pays, voir encore avant lorsque je suivais un peu ce qui se passait au niveau des mouvements de protestation dans le vôtre.

Mais je vais vous dire.. En lisant depuis dimanche soir les discussions qui s'engagent entre certains d'entre vous un peu partout sur le net, je me dis qu'elle est sans doute la première chose dont certains feraient bien de se rappeler.

Marx, Engels... Ca vient de me faire sourire, moi qui a une époque pas si lointaine disait encore à Hugo (enfin, je crois que c'était à lui...) que le rose c'était du rouge usé, délavé, voir édulcoré, qui avait perdu de sa force, ce qui vous laissera supposer que bien souvent je suis un peu plus « à gauche » que certains socialistes, mais pourtant plus aussi « révolutionnaire » et « utopique » que ce que je l'ai été...

Marx et Engels, pour ma part je ne cracherai pas dessus, et ne dirai pas des choses du genre « Heureusement on n'en est plus là », mais il faut bien admettre que le monde a changé depuis, qu'il existe d'autres façons de penser, mais aussi et surtout d'autres façons de pouvoir agir que par la révolte systématique... Marx et Engels, il y a des enseignements à en tirer, des tonnes même, mais cela est valable aussi bien dans un sens que dans l'autre, aussi bien de leurs apports positifs que de leurs erreurs, celles que l'histoire nous a montrées, que la mise en pratique a démontré au sein de la théorie.

Mais au-delà de cela, Marx et Engels, ils prônaient une chose essentielle à mes yeux : L'UNION !!!

« L'union fait la force », c'est la devise de mon pays depuis avant même que celui n'existe officiellement en tant que pays, et si vous me le permettez, j'aimerai vous expliquer dans quel sens cette devise avait été choisie... Si aujourd'hui on a tendance à croire que c'est en relation avec le fait qu'il existe trois communautés linguistiques chez nous, et que deux d'entre elles semblent tristement incapables de s'entendre, la raison était à la base toute autre... Cette devise, elle exprimait une nécessité de se « serrer les coudes » entre TENDANCES POLITIQUES différentes, des croyances différentes aussi, mais qui avaient un même rêve, un même but : résister à la même chose. Forcément, cela a demandé des concessions de tous les côtés, des grincements de dents par moments, mais au-delà de cela, il y a eu une victoire, et ensuite une consolidation de bien des structures, et surtout une mise en place de bien des choses essentielles.

Vous me direz que le contexte était différent, qu'il s'agissait de la naissance d'un pays, d'une prise d'indépendance, que ce n'est pas pareil... Oui, c'est vrai! Mais je vous répondrai qu'il s'agissait surtout de lutter contre la politique mise en place par un despote dont le peuple ne voulait plus, et là avouez que ça devient déjà plus ressemblant...

Un combat commun à mener, la gauche dans son entièreté en a un!!! Et diviser pour mieux régner, la droite est en train d'en faire la démonstration, même si visiblement vous n'avez pas besoin d'elle pour vous diviser, ce qui est bien triste à voir... Oui, je le dis, lorsque je regarde chez vous, je ne suis pas révoltée, je suis triste...

Comme dit d'entrée de jeu, je ne rentrerai guère dans des débats sur le bien fondé de vos positions respectives, d'autant plus que je rejoins l'avis de T. sur certaines choses, et celui de Hugo sur d'autres, mais je ne peux pas m'empêcher de tout de même donner un peu mon avis sur un certain point...

La communication officielle et les militants.. Et là je comprends parfaitement ce que veut dire T....

A quoi sert d'avoir des militants investis, actifs, « mêlés au masses » si, derrière, l'image officielle du parti - qui quoi qu'on puisse en penser reste celle qu'on verra en premier lieu si on ne cherche pas à gratter un peu derrière, chose que malheureusement la plupart des gens ne feront jamais – reste muette?

Ce qui fait un parti, ce n'est pas seulement ses militants... Ceux-ci sont importants, très importants même, mais ne remplaceront jamais le manque de discours de sa tête.

Comment peut-on espérer que des gens donnent leur voix pour soutenir un parti qui lui ne fait pas entendre la sienne, de voix, pour soutenir ces mêmes gens dans leur combat?

Par contre, je rejoins Hugo quand il dit qu'une union, avec des concessions de part et d'autre est nécessaire, lorsque l'on veut gagner un combat contre le même « danger ».

Hugoruth 10/06/2009 10:13

Cher T.

Je ne suis pas d’accord avec toi sur une première chose. Peut être que la voix officielle du PS ne soutient pas les mouvements étudiants, mais il est totalement faux de dire que les militants PS n’étaient pas présents aux AGs et en manifestation. Je peux déjà témoigner pour ma propre personne et je peux également témoigner sur l’ensemble des MJS 37. Et en étant tout à fait honnête, je suis certain que c’est la même chose partout en France. Mais il faut admettre qu’ils ne sont pas les plus virulents mais affirmer qu’ils ne sont pas actifs est faux. Le parti n’a pas eu de message clair sur les universités mais les militants concernés en avaient un. Pourtant, et pour conclure là dessus, le conseil régional d’Île de France a affiché durant tout le mouvement une banderole sur son siège affirmant sa solidarité avec les universitaires mobilisés. Donc des signes de la part du PS, il en existe et les militants sont présents. Même si je regrette que le message général de la direction n’aie été plus audible. De la même manière, et tu peux toi-même en témoigner, il y avait des socialistes au 1er mai, au contact des gens. Certes à Paris le cortège était séparé mais des militants PS étaient dans le cortège principal, je peux en témoigner. En province par contre, les socialistes faisaient partie des cortèges et défilaient unis. Ce qui s’est passé à Paris, je m’en souviens, je l’ai qualifié le jour même de « raté ». Oui, le PS a loupé un premier mai historique en organisant un défilé seul alors qu’il aurait du aller avec le reste des manifestants. Le souci n’est malgré tout pas une question de se « mêler aux masses » car tous les militants présents sur les marchés de France et de Navarre, ceux qui sont allé donner des tracts pour des élections européennes, tous ces militants n’ont aucun problème avec le rapport à la majorité des gens. C’est l’image du PS qui est en cause (élitisme, opportunisme, querelles personnelles,…) mais pas sa base (et donc ses militants). Je t’invite ne serait-ce qu’à venir assister aux mobilisation de l’organisation RESF pour le constater, les militants socialistes sont présents.

Je ne peux pas répondre à la salve de questions mais j’aimerais rappeler que le gouvernement Jospin n’était pas un gouvernement socialiste mais qu’il représentait la gauche plurielle avec en son sein Marie-George Buffet. Et puis, il est trop simple de réduire aux erreurs de la Gauche à ce moment le bilan de Lionel Jospin. Pourquoi ne parle-t-on pas des emplois-jeunes ? Pourquoi ne parle-t-on pas de la loi permettant aux sans-papiers d’ouvrir un compte bancaire (Loi n° 98-657) ? Et la CMU ? Qui oserait me dire que la CMU n’est pas une mesure de gauche ? Et les 35 heures ? Toutes ces choses sont tellement de droite que l’UMP, une fois au pouvoir, a tout détruit. (Et je ne parle pas du PACS, de la loi SRU sur les logements sociaux…) Maintenant oui, il y a eu des privatisations dans ces années-ci et je ne cherche pas à me cacher. Mais quand on présente le bilan de Jospin, cessons de faire croire qu’il a tout mal fait car les effets positifs sont encore réels aujourd’hui. (Allez parler aux gens couverts par la CMU et allez leur expliquer que cette couverture est mauvaise, vous serez mal reçus !)

Ce qui est indéniablement vrai par contre, c’est l’acceptation de l’économie de marché. Voici pour être tout à fait exact la position du PS :

« Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux qui a pour finalité la satisfaction des besoins sociaux essentiels. Le système voulu par les socialistes est une économie mixte, combinant un secteur privé dynamique, un secteur public efficace, des services publics de qualité accessibles à tous, un tiers secteur d’économie sociale et solidaire. »

Je me reconnais dans cette définition. Je comprends que d’autres n’y soient pas favorables mais à moi, elle me convient tout à fait. Cette position est à mettre plus en avant que ce que ne fait le PS aujourd’hui car ce genre de posture est de celles qui permettra à la gauche de gagner de nouveau les élections nationales. Par contre, le PS n’est pas un parti capitaliste :

« Les socialistes portent une critique historique du capitalisme créateur d’inégalités, facteur de crises, et de dégradations des équilibres écologiques, qui demeure d’actualité à l’âge d’une mondialisation dominée par le capitalisme financier. »

Et ils ne sont pas pour une dérèglementation de l’ensemble des secteurs économiques :

« Les socialistes affirment que certains biens et services ne doivent pas relever du fonctionnement du marché quand ils concernent les droits essentiels.»

Clairement, le PS n’est plus dans une posture marxiste (et je l’en félicite à titre personnel, Marx ayant été clairement incapable de prévoir les mutations de l’économie sur le long terme ce qu’a su faire l’excellent Schumpeter.) mais dans une dynamique qu’on pourrait qualifier de néo-keynésienne. Et à titre personnel, je me retrouve véritablement là dedans. Quand je vois les dérives des pays s’étant attachés à leur communisme (Corée du Nord, Chine,…) je crois que l’économie de marché doit être retravaillée, limitée par un pouvoir public fortement interventionniste mais, et là c’est mon avis, aucun système actuel ne propose d’alternative crédible à ce type d’économie, alors même que ce système me semble inhérent à l’homme car existe depuis que la population existe en tant que société.

Pour conclure, que pourrais-je citer ? Dois-je énumérer tout ce qui se fait en région et qui montre ce qu’est la vision moderne du socialisme ? Fournir un ordinateur portables à tous les étudiants entrant en Master, n’est-ce pas un moyen fort d’accroître l’égalité entre les étudiants ? Et la fourniture gratuite dans tous les lycées des livres ? N’est-ce pas aussi un moyen de permettre à tous, y compris les plus modestes, d’avoir accès à l’éducation ? Précisons que cette mesure n’est pas en place en Alsace, région gouvernée par l’UMP. Les régions sont gouvernées par des majorités héritières de la gauche plurielle et étrangement, personne sur place n’a l’air de trouver ça honteux, bien au contraire. L’alliance fonctionne et, mieux, elle gagne en menant une politique de gauche.

Alors oui, je le redis, le PS a un souci de communication, pas de fond.

T. 10/06/2009 01:02

Le parti socialiste a sans doute un effort de communication à faire. Mais il n'a pas que ça. Il doit faire un effort de définition, et peut-être, aussi, oser un jour se mélanger au bas peuple.
Je m'explique.

Un effort de communication, nous sommes d'accord: personne ne voit clair dans les intentions du PS. Tout ce qu'on y voit, c'est un ensemble de vieux ambitieux qui se détestent et virent à droite dès que le salaire les y pousse (Strauss-Kahn, Lamy, Besson, Kouchner...)
Un effort de définition: c'est bien joli de dire "nous sommes les socialistes au drapeau neuf, on renie les oppositions historiques, on ne veut plus de Jaurès et Jean Moulin qui appartiennent au passé", mais ça ne fait pas un parti. Le PS accepte l'économie de marché. Dommage, mais dans les faits, admettons que c'est ainsi depuis 1983. Alors j'aimerais savoir ce que signifie être socialistes quand on accepte le capitalisme, c'est à dire le regne du profit et donc la domination ineluctable des riches sur les pauvres? Est-ce dire "c'est comme ça de toutes façons, on ne pourra rien y changer alors autant l'accepter en limitant les dégâts"? Que faire de Marx, Engels, et tous les autres? A la poubelle directement ou pas? Et les pauvres, les salariés précaires, les banlieusards, les ouvriers, les chômeurs? On les garde pour la photo, ou on les met directement à la porte? Être socialiste, c'est privilégier le service public comme l'a fait Jospin en privatisant plus encore que Balladur et Juppé réunis?
Je pose volontairement les questions de façon un peu provocatrice, mais il faut être clair: le parti socialiste ne sait pas du tout où il en est par rapport au socialisme, même si je crois sincèrement que nombre de ses militants sont véritablement socialistes.

Enfin, effort pour se mélanger au bas peuple. Je suis désolé de dire que je n'ai pas vu un seul socialiste me prêter main forte pendant le conflit des universités. Je n'ai pas vu un seul socialiste soutenir sur le terrain les grévistes de l'hôpital public. Je n'ai pas vu un seul socialiste dire que les émeutiers de banlieue n'étaient pas des voyous mais des victimes de notre système.

Pourquoi le front de gauche s'est-il fait sans le PS? Il n'y a qu'à écouter un discours de Manuel Valls pour le comprendre. Ce front là s'est voulu de gauche. Il ne voulait sans doute pas être l'union des présidents de l'OMC, du FMI et autres. Peut-être aussi que le front de gauche ne voulait pas faire ratifier un texte qui a été refusé par référendum par trois pays dont la France. Ce n'est pas un détail, je crois. Et pourtant le PS le ratifie, comme l'UMP (et les Verts, d'ailleurs). Arrive un moment où, si on accepte d'avoir des amis, on ne veut pas compromettre le fondement de ses valeurs.